jeudi 19 mars 2009


L'Ave Maria en fond et un caisson en bois. Une quelconque plaque de métal, résumant une vie.

Je suis assis sur une plage sans fin, de sable blanc. Le ciel est gris, le vent souffle. L'océan déverse ses vagues à quelques mètres devant moi. Les grains de sable glissent le long de ma main. Mes cheveux battent devant mon regard.

Puis Elle s'assoit à côté de moi. Immobile. Je n'entends pas son souffle. Sa présence glace l'atmosphère. Nous regardons l'étendu infinie d'eau. Je savoure l'instant.

"Ce ne sera pas pour aujourd'hui. Tu es venue pour rien."

Aucune réponse. Elle n'a jamais été du genre bavard. Je me redresse et fais quelques pas en direction de l'océan, attentif à tous mes sens. Je frémis, sans savoir si le vent en est responsable.

"Cela sera sur un champs de bataille. Cela sera pour un idéal. Ma vie aura un sens. Pourquoi la vivre, sinon ?"

Les embruns viennent me caresser le visage, pendant que je scrute l'horizon. Le ciel s'assombrit encore et un éclair s'abat au loin, imprimant ses contours sur ma rétine. Je me retourne, Elle n'est plus là. Ne reste plus qu'un malaise diffus. Un goût de fer sur la langue, un souffle sur la peau.

Je sors de la pièce, fuyant les regards autour de moi. Un sourire fugace anime mon visage. Non, je n'ai pas peur de toi.

mardi 17 février 2009


Je suis assis et le temps passe. Un râle s'élève, un brin de vie s'envole. J'en viens à souhaiter que cela se termine. Au plus vite. Son souffle rauque fait trembler la maison. Les murs vibrent. La bête est agonisante. Celui qui était autrefois tout-puissant, se retrouve cloué à un lit.

La télé est allumée. Il est 2h17. Il la regarde. Les images défilent, vides de sens. Ses muscles ont fondu. Ses os tendent la peau. Ses yeux sont immobiles, fixés sur une quelconque rediffusion. Il ne comprend pas.

Il s'étouffe. Il crachote. Il est cette vieille locomotive au charbon qui refuse de démarrer, sous le regard atterré des passagers, le long du quai. Je suis le possesseur d'un billet première classe. Je suis le passager, aux premières loges d'une mise à mort.

Personne n'aura été surpris. What goes around, comes around. Qui sème le vent récolte la tempête. Et toutes ces conneries. N'empêche que ça fait toujours mal. Que ça te prend toujours au dépourvu. Que ça te rappelle qu'on n'est rien. Que tout ce qu'on fait est futile.

Il n'y aura pas grand monde, quand on le mettra six pieds sous terre. Il n'y aura pas de grand discours. Il y aura des larmes. Comme celles que son fils de trente-cinq ans a bien du mal à refouler lorsque je lui propose de monter dire bonjour à son père. C'était un beau salopard, à sa manière.

Demain, je devrais peut-être à nouveau lui donner à manger. Demain, peut-être, je réussirai à le faire sans m'effondrer en larmes.

Demain, peut-être, il réalisera, cette fois, que je pleure.

mardi 13 janvier 2009


Le lac s'étend. Le souffle est clément.
Une feuille s'envole, plane, touche le sol, fane.
Les rongeurs s'enfouissent dans une torpeur complice.
Les ombres s'allongent et par leur nombre deviennent songe.

La vague s'élève, murmure auprès de l'algue, son élève.
Un embrun éclate, s'abat, écarlate, en contrebas.
Les poissons se glissent, sans un son, au fond de l'abysse.
L'océan n'est plus que agitation, sur son séant attendant l'oblitération.

Le calme plat. L'âne sous son platane.
La flamme d'une bougie au cœur de la nuit.

L'éclair fuse, brûle sur son passage, s'amuse, de ce bois d'un autre âge.
Le tonnerre gronde, la pluie tombe, échos de la mer et du monde.
Les ruisseaux débordent en horde, et mordent plein de morgue.
La forêt fait le gros dos, revêt à contrecœur ce manteau d'eau.

La tempête déchaîne sa rage et sa haine sur le rivage.
L'écume s'affole et vibre dans l'air, décolle, libre de tout contraire.
Les rouleaux se moquent du bateau qu'ils bloquent.
Toute la côte frémit de terreur, gémit d'horreur.

Bientôt, l'intempérie se retire, périt, mais prête à revenir. Le serez-vous ?

mercredi 10 septembre 2008


Le flot de l'eau sonne par l'interphone de mon inconscient, sciant le liant de mon néant, interprète obsolète de mes pensées incensées, il court sourd aux lois de mon émoi.

Jeu de maux, mots de Je; Maude je t'aime, aime-je la mode ? Chiasme anachroniques et antéchristiques miasmes. Exercice d'improvisation; ou vice d'allitération. J'en perds le Nord,
ou Jean pierre me mord ? Voyez ce vilain vaurien ventriloque vagabondant en voiture de ville en ville vouvoyant la volonté de voler; le pleutre policier le prendra pour pallier passablement ses peurs polissonnes.

Alice aux pays des mères vieilles danse avec son chat et glisse vers cette merveille haïe de la science ichi bas.

Pardonnez mon insolence, de donner dans l'aisance, d'amidonner l'anse de ce panier cartonné de chance. Lentement mes paupières abandonnent le déloyal combat, assurément la soupière marmonnent un jovial débat.




Aucun mot n'a été maltraité ou violenté durant la réalisation de ce délire.

lundi 8 septembre 2008


J'ai affuté mes armes. Graissé mes larmes. Rangée ma haine, sortie ma laine.
Aujourd'hui est le grand jour. Celui où je ne fuis plus l'ombre qui m'entoure.
Ma cabane tangue, la tempête fait rage. Je suis exsangue, je surnage.
La lance le long du corps, j'avance. Mes blessures et coups du sort, je panse.

La brume est partout, l'angoisse mon amie, le danger me rend fou,
Un mouvement à gauche, l'étreinte se resserre, avant que le vide ne me fauche.
Je dois faire face; j'en suis capable. Le monstre est de classe, mon angoisse palpable.
La chose se révèle enfin, debout pour cette ultime cause, venue pour sa fin.

La silhouette se dessine, son obscurité se raffine. Son visage apparaît, front sage, il se tait.
L'horreur dans sa splendeur me dépasse; mon cœur s'agace devant tant de noirceur.
Mon jumeau de tristesse et regrets, source de ces maux, agissant avec finesse et secret.
La tension est terrible, la sentence imprononçable. Il est ma cible, la haine façonnable.

Le vent se lève et nos regards se croisent. Ses lèvres murmurent, l'air hagard, il me toise.
Mon bras fond dans la nuit, cherche la faille, sans hésitation ni bruit, trouve les entrailles.
Le sang de la bête sèche sur le sol, tandis qu'un souffle glaçant balaye cette mèche sur mon col.
Une fine pluie s'abat sur mes épaules; je me réfugie sous un saule. Je ris, tout est fini.



Jusqu'à quand ?

vendredi 22 août 2008


La voila. Cette période de doute. Toujours proche de la surface, prête à me miner. Quelle part de ma personnalité est due à la violence de ma mère ? Quelle part de mon incapacité sociale est due à celle de ma belle-mère ? Quelle part de mon arrogance et refus de faire confiance venant de mon père ?

Découvrir à vingt-trois ans que l'on a été détruit par ceux qui ont voulu nous construire n'est pas aisé. Le comprendre, encore moins. L'accepter, n'en parlons pas. Quelle part de l'innée ? Quelle est celle de l'acquis ?

J'aimerais ne pas être paranoïaque. Ne pas douter des gens, ne pas les remettre en question. J'aurais aimé ne jamais être trahi. Par personne. Pourquoi cela devait arriver pour ma première relation sérieuse ? Cela pouvait attendre. J'aurais eu le temps de m'armer.

Pourquoi quand je regarde cette série, dont le personnage principal cache sa nature auprès du monde pour se faire accepter, je me sens mal à l'aise ? Lorsque l'on finit par oublier qu'on l'a laissé là, est-ce que l'on finit par être ce masque ?

La méchanceté, la bêtise et la cruauté sont les valeurs que la vie m'a appris à porter comme miennes; tel fut le prix de l'acceptation. L'intelligence, la gentillesse, la compassion sont l'apanage des faibles. Je me dois de coucher ces mots, durant le court instant où le masque tombe. Bientôt, je serai de nouveau lui.

Déjà, le revoici ..

J'ai écrit ça, moi ? Supprimer message .. C'est où, déjà ?

vendredi 1 août 2008


Les allemands sont passés. Tout le monde est mort. Je tourne la tête, vers le lit. Mon frère y gît. Je m'approche. Il respire toujours.

"Lève toi. Il faut y aller, maintenant."

Il est blessé. Il tousse. Il ne veut pas se lever. Il veut dormir, que je le laisse.

"On ne peut pas. Tu le sais, il faut que l'on s'en aille."

Je le secoue. J'ai du sang sur les mains. Par la fenêtre, je vois de la fumé, à travers la fine pluie de campagne, s'élever d'un véhicule.

"S'il te plait, allons nous-en. On peut s'en sortir."

Il finit par se lever, difficilement. Il récupère une arme de poing, sur la commode. Je ramasse un couteau. Nous sortons de la maison, dans les ruelles désertes du village, encore vibrantes du carnage. Je m'attends à tomber sur une patrouille à tout instant.

Nous faisons à présent le tour, prenant la route longeant le domaine. Nous décidons de couper à travers l'enclos parsemé de vaches abattues. Mon frère passe le premier; un chien se précipite à sa rencontre, sans déclencher la moindre réaction de celui-ci. La bête se dirige à présent vers moi. Je ne dois pas avoir peur. Je suis celui qui domine. Je ne dois pas montrer ma peur. Pourquoi je n'arrive plus à bouger ? Elle se rapproche à grand pas. Sa gueule s'ouvre sur ma carotide; mes mains bloquent sa mâchoire au dernier moment. Je me débats avec. Je dois la tuer. Je n'ai pas le choix. Je veux sentir son sang couler sur mes mains.

"Mais arrête ! Qu'est-ce que tu fais ? ! C'est le chien de la ferme !"

Je relâche mon étreinte, la bête s'éloigne, assommée, visiblement blessée. Qu'étais-je sur le point de faire ?

Nous nous remettons en route. Il faut fuir, le plus vite possible. Nous repérons une Ford bleue. Mon frère force la portière et parvient à la démarrer. Un sentiment de soulagement tente de se frayer un chemin au travers de mes réticences. Le bruit du moteur et de la pluie battant sur la frêle carcasse emplissent l'habitacle. Quelques virages plus loin, nous croisons le cadavre du chien, à son tour abattu, par balle.


J'ai toujours cru savoir ce que j'avais à gagner. Maintenant je sais ce que j'ai à perdre.